México negro. La danza de los diablos

             Au Mexique, les populations noires ont pendant très longtemps représenté une minorité silencieuse. Elles n’avaient pas leur mot à dire. Alors, elles se sont mises à danser. Une danse tribale,  avec des masques d’inspiration africaine, qui se revendique sous le nom de la danza de los diablos. Elle se déroule lors de la fête des morts le 1er et 2 novembre sur la Costa chica du Guerrero. L’épicentre se situe à Cuajinicuilapa appelée aussi la Perla Negra del Pacifico.
Aller à la rencontre de ces danseurs diaboliques, c’est participer à une fête traditionnelle qui ne se veut pas seulement le reflet des forces évocatrices du passé, mais aussi le symbole d’un Mexique moderne en train de se ré-inventer. C’est affirmer une afro-mexicanité qui n’a plus peur de son ombre. C’est peut-être là, à Cuaji, que les esclaves ont commencé à se libérer de leurs chaînes. En dansant. Tout simplement.

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México negro. De l’esclavage à l’afro-mexicanité

             Pendant très longtemps, la question des populations noires au Mexique a été occultée, confinée dans les marges de l’Histoire. Par contre, des pages entières ont été consacrées aux mauvais traitements infligés aux indigènes par les conquistadors. Puis, les Mexicains sont devenus, dans son immense majorité, un peuple de métis, avec bien sûr une hiérarchie en fonction de la clarté de la peau. Les indigènes, par la voix des zapatistes ont réussi à conquérir une certaine reconnaissance sociale alors que les populations noires n’en sont encore qu’aux prémisses.
Par la force de vents porteurs, les opprimés d’hier sont devenus les afro-mexicains d’aujourd’hui. Mais pour bien comprendre ce concept d’afro-mexicanité, il nous faut remonter à la source de l’histoire, écouter les légendes du passé et appréhender le présent dans toute sa complexité. Et surtout rappeler que cette population déracinée, opprimée, a largement contribué par sa force de travail à la formation économique, social et culturel du pays. Une composante culturelle, certes minoritaire, (1) du Mexique du XXI ème siècle mais qui ne veut plus se taire.

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Miguel, la nuit de la liberté

             Les huehuentones d’Eloxochitlán ont rythmé notre première fête des morts au Mexique (1). Miguel et Mariana, que nous ne connaissions absolument pas, furent nos joyeux guides. Ces jours-là, notre amitié est devenue tangible, sans savoir qu’elle allait se déployer dans des circonstances bien difficiles.
Le 30 avril 2015, Miguel est incarcéré pour une sombre histoire d’homicide (2). Plusieurs autres personnes suivront. Par la suite, nous apprendrons qu’il s’agit de preuves totalement fabriquées par le clan du cacique local, la famille Zepeda, qui veut anéantir un des jeunes les plus combatifs de l’assemblée communautaire d’Eloxochitlán. Nous sommes en plein cœur d’un procès politique. La situation se complique avec l’élection d’Elisa Zepeda comme députée de Oaxaca sous la mandature du nouveau président de la république Andrès Manuel Lopez Obrado (AMLO), en juillet 2018.
Lors du précédent voyage, nous sommes allés voir Miguel plusieurs fois en prison. C’était notre façon à nous de lui apporter un peu de vie et de réconfort. Notre amitié s’est vraiment approfondie entre ces quatre murs. Nous avons découvert sa force d’âme et son humour à toute épreuve. Parfois même, c’est lui qui nous remontait le moral. Nous, nous sommes quittés en lui disant que lorsque nous reviendrons, il serait libre. Des phrases toutes faites mais c’était impossible de lui dire autre chose. Puis, vint le temps de la condamnation. Implacable. 50 ans de prison. Comme un coup de poing en pleine gueule. Un assassinat judiciaire pour un jeune qui n’a pas encore 35 ans. Ils veulent le faire crever en prison. Il n’y a plus aucun doute.
Finalement, cette sentence inique sera annulée du fait des irrégularités du procès. Une nouvelle audience a lieu le 19 septembre 2019. Dès le lendemain, Miguel se met en grève de la faim pour demander au juge de rendre son verdict sans tarder. Il joue son va-tout mais il n’a presque plus rien à perdre…
Nous, nous sommes à Marseille. Mais, même ici, le Mexique ne nous lâche pas. Toute cette année, j’ai comme une urgence à revenir. Sans trop savoir pourquoi. Une envie irrépressible de repartir. Aujourd’hui, je sais pourquoi il nous fallait être là en ce mois d’octobre 2019…

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Les 14 ans de la Communauté Indigène et Populaire Empereur Cuauhtémoc

             Décembre 2014, nous tombons nez à nez sur la Communauté Indigène et Populaire Empereur Cuauhtémoc (1). Une rencontre placée sous le signe d’Ayotzinapa. Une amitié due au hasard du voyage. Je suis convaincue, depuis bien longtemps déjà, qu’ « Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous » comme le dit si joliment Paul Valéry. Mille fois, le Mexique nous a offert des purs moments de grâce et bien évidemment, la rencontre avec la CIPEC en fait partie. Alors dès qu’on a su qu’ils allaient fêter leur quatorzième anniversaire, on a décidé d’y participer. Qui peut refuser une fête placée sous le signe de l’amitié… et du mezcal. Sûrement pas nous !!!

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