Por la carretera.

Musique sans frontière

             Tapachula. Ville proche de la frontière du Guatemala. Moite. Sans grand intérêt. Tout autant que cette pluie tropicale qui ne rafraîchit même pas. En route vers le Nicaragua. En bus international. Entre temps, il nous faudra traverser quatre pays. Ou plutôt, ces zones de non-droit, les postes de migration. Juste pour avoir un timbre d’entrée ou de sortie selon le cas. Une perte de temps, d’argent mais c’est aussi un voyage qui nous donnera un petit aperçu de l’Amérique centrale : Guatemala, Honduras, Salvador et Nicaragua.

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Rigoberta Menchú. Sans honte et sans mémoire.

            RIGO I

               Souvent le pouvoir tourne la tête, le vertige des sommets facilite les faux pas. Rigoberta Menchú, prix Nobel de la paix en 1992, vient d’accomplir l’impensable. Sans remord et sans honte.

              Au Mexique, les parents des quarante-trois disparus d’Ayotzinapa multiplient les actions pour ne pas qu’on les oublie. Dans le Guerrero, ils sont prêt à tout pour empêcher les prochaines élections du 7 juin afin d’éviter que ce système, corrompu jusqu’à la moelle, ne se reproduiseà l’identique. Jamais, ces parents éplorés n’auraient pu imaginer qu’une indigène, victime des horreurs de la guerre puisse se retourner contre eux. Contre ses semblables. Impardonnable.
Pour une somme de dix millions de dollars, Rigoberta Menchú a acceptée d’être observatrice électorale. Pour cela, le 26 mai 2015, elle a participé à une conférence de presse de l’Institut National pour les Elections (INE). Une vidéo circule où on la voit, entourée de petits fonctionnaires, en train de promouvoir cette farce électorale. Lorenzo Córdova, un des conseiller de l’INE, a présenté le prix Nobel de la Paix, comme « une femme reconnue au niveau international par sa lutte incessante pour la défense des droits des peuples indigènes, ainsi que par ses convictions sur la paix ». Mais de qui se moque-t-on ?
Rigoberta Menchú vend sa dignité, son âme au diable, à cet état mexicain aux mains pleines de sang, tout autant que celui du Guatemala qu’elle combattait hier encore, avec forces et convictions. Mais sûrement que Rigoberta à la mémoire courte…

             Mais son cynisme va encore plus loin, lors d’une « Conférence Magistrale pour la Démocratie et la Culture de paix », réalisée à Acapulco, elle osera demander une minute de silence pour tous les disparus. Une jeune femme de l’assistance interrompit ce mielleux discours en déclarant : « Nous ne pouvons pas continuer à demander une minute de silence par tous les disparus parce que demander une minute de silence pour chaque disparue et pour chaque personne assassinée dans notre pays, cela signifie que nous allons devoir nous taire jusqu’à la fin de nos jours ». Les personnes à la tribune n’ont pas répondu. Leur silence étant plus éloquent que n’importe quelle répartie bien cinglante.

             Face à cette mascarade, les masques tombent. Plus personne n’est dupe et désormais, Rigoberta Menchu fera partie de la longue liste des politiques qui ont perdus leurs idéaux en route. Leur seule obsession, le pouvoir. Mais dans le Guerrero, ils ont une longue tradition de lutte, ils n’ont plus peur des politiciens véreux. Ils iront jusqu’au bout avec comme seul slogan : « Vivos se los llevaron. Vivos los queremos ! ». Ils n’ont plus rien à perdre. Ils ont déjà tout perdu sauf leur dignité et leur soif de justice. Aussi grande que leur douleur.

Santander de Quilichao, Colombie, 30 Mai 2015.

Pour plus de détails, un article très bien fait de Pueblos en Caminos, en espagnol :
http://www.pueblosencamino.org/index.php/joomla-stuff-mainmenu-26/search-mainmenu-5/1351-rigoberta-menchu-la-sin-vergueenza

Puerto Barrios, Guatemala. Bienvenue chez la United Fruit Company.

             United Fruit Compagny. Les Guatémaltèques la surnommèrent « La Frutera ». Un nom qui sonnerait presque comme une caresse mais qui cache en fait, la sordide réalité de l’impérialisme américain en Amérique centrale.
Le Guatemala, un pays sous influence et dont les traces plus visibles se retrouvent à Puertos Barrios, un port créé spécialement par la compagnie.  A ses heures glorieuses, il fut un des principaux ports de l’Atlantique. En se baladant dans ses ruelles de poussières, aux carrefours bruyants, on a bien dû mal à imaginer son prestigieux passé. Mais, il suffit de flâner le nez en l’air et l’œil aux aguets pour retrouver les vestiges d’une ville en mouvements.

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Les Garifunas. Culture et peuple en résistance. Le Guatemala, partie I.

             Souvent, à tort, on pense que le Guatemala est peuplé seulement de descendants des Mayas mais lorsqu’on s’approche de la côte caraïbe, on découvre la réalité d’un peuple pluriel dont les Garifunas sont une composante singulière.
Nous avons un contact, Juan Carlos Sanchez. Juste un nom. Pas de numéro de téléphone, il suffira de demander après lui et on nous dira où il est. Apparemment, il est connu comme le loup blanc. Près du port, dans le patio d’un hôtel, une petit affiche « Jours de découverte de la culture et de la gastronomie garifuna ». Intrigués, nous nous approchons. Un grand gaillard nous accueille, un sourire avenant, un regard pétillant, une poignée de main franche et cordiale. Il nous invite à goûter à la cuisine d’ici. Il nous parle de la culture garifuna. Sa vie, sa passion. Son nom, Juan Carlos Sanchez. Voilà notre homme, pas eu besoin de le chercher bien loin !
Le lendemain, on se retrouve pour un petit moment d’échange informel. Il nous raconte sa terre, l’histoire de sa culture séculaire et nous murmure quelques mots en langue garifuna. Il est intarissable et sa voix mélodieuse nous rappelle qu’il est aussi un musicien passionné. Un passeur de traditions par les chants, les tambours, la danse, la gastronomie, les cérémonies. Il ne reste plus qu’à l’écouter remonter l’histoire de son peuple et se retrouver à bord de l’embarcation originelle. Le voyage commence.

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Semaine sainte au Guatemala. Jésus super star.

             Semaine Sainte au Guatemala. La fête de toutes les fêtes. Espérée par tous et pas seulement parce qu’elle offre une semaine de vacances. Non, c’est surtout une semaine pour honorer le Christ. En réalité, les points forts se situent sur deux jours, le jeudi et le vendredi saint. Deux jours de ferveur. Deux jours d’abandon de soi. La passion du Christ dans sa vérité la plus criante.
Pour les néophytes comme nous, il faut quand même retrouver un peu le sens de la semaine pascale. Face à ces milliers de catholiques quasi mystiques, on se rend compte qu’on n’aurait pas dû sécher les cours du catéchisme et mieux écouter Monsieur le curé.
Alors c’est quoi la passion du Christ ? C’est simple en fait, c’est l’ensemble des souffrances et supplices qui ont précédé et accompagné la mort de Jésus Et la semaine sainte, c’est la commémoration de la vie, mort et résurrection du Christ. Facile non?
Au Guatemala, la semaine sainte commence le dimanche des Rameaux, symbolisant l’entrée du prophète à Jérusalem. Et pendant, une semaine, le pays revivra le chemin de croix de Jésus. Une expression religieuse des plus impressionnantes. Entre mysticisme et masochisme pour certains. S’infliger les mêmes souffrances que le Christ déchu. Vivre dans son corps, la douleur et la souffrance, le temps d’une procession. Puis rentrer chez soi. Les épaules rompues, le dos fourbu et l’âme pleine.

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Rigoberta Menchú. Survivante emblématique de la guerre civile au Guatemala.

             Au Guatemala, l’histoire est tragique et les militants sociaux, pour la plupart, réprimés et silencieux. Mais une femme, indigène de surcroît, va redonner une voix à ce pays malmené, brisé par plus de trente ans de guerre civile. Cette femme, c’est Rigoberta Menchú. Une femme forte, fière de son pays, de ses racines indigènes. Et qui mérite quelques lignes dans ce blog de voyage.

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